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Face aux grands défis économiques de Cuba Actualités 29 novembre 2022

29 novembre 2022 à 19h23 - 934 vues

Par Félicité VINCENT

Raul Castro en prenant la succession de son frère, a (un peu) rompu des tabous de la Révolution en autorisant la création de petites entreprises et l’accès à la propriété, dans quelques secteurs, seulement, l’armée contrôlant encore des pans entiers de l’économie.

Pour relever les nombreux défis pesant sur l’économie cubaine après la crise de 2008, l’administration du pays a décidé de lancer un vaste programme de réformes lors du VIème Congrès du Parti communiste de Cuba (PCC). 313 lignes directrices, dites « lineamientos » y ont été approuvées en vue « d'actualiser » le modèle économique et social du pays pour assurer la « soutenabilité et la préservation du système social » cubain. Cette nouvelle vision stratégique de la politique du gouvernement Cubain se décline en deux axes : la mise en place d’un secteur privé indépendant et la volonté d’attirer les investissements étrangers dans le pays.

Les deux axes ont été entérinées par ce congrès de 2011, les principales mesures en faveur du développement ont d’abord porté sur l’ouverture de près de 200 activités professionnelles au secteur privé et l’autorisation pour les agriculteurs de travailler une terre qui leur appartient.

Il y a les petits commerces qui sont autorisés ainsi que plusieurs pratiques, qui étaient auparavant informelles, comme la vente de son logement ou de sa voiture (seuls le prêt ou le troc étaient autorisés dans ces cas-là, les paiements étaient occultes et la corruption était la règle). C'est l’introduction de la propriété privée qui a été un grand changement historique à Cuba dont le système économique et social est, depuis les années 1960, de type socialiste, centralisé et égalitaire.

Toutes ces mesures prévoient aussi l’ouverture du pays aux capitaux étrangers et le gouvernement a également promis des crédits bancaires pour faciliter la création d’entreprises. Une « zone de développement spéciale » a été implanté en 2013 sur le port de Mariel, à 40 km de La Havane, afin de développer les industries biotechnologiques et agro-alimentaires notamment. La nouvelle loi sur les investissements étrangers (IDE) votée en mars 2014, crée un cadre réglementaire et fiscal attractif et ouvre aux IDE des secteurs nécessitant des investissements lourds (énergie, infrastructures, transports…).

Adossée à une activité encore majoritairement nationalisée, l’économie restera planifiée avec une bureaucratie simplifiée et une réduction de nombre de fonctionnaires afin de contenir le déficit public.

Créations d’entreprises à Cuba

Va servir également à absorber les licenciements futurs dans la fonction publique, la libéralisation du travail à son compte (cuentapropismo) permet aux cubains de créer une entreprise. Plus cent professions ne sont autorisées, de coiffeur à mécanicien en passant par gérant de chambre d’hôtes, et il est désormais possible d’embaucher du personnel pour 83 de ces activités. On compte aujourd’hui près de 600 000 microentreprises qui font vivre 20 % de la population active.

Le secteur privé est principalement tiré par le développement du tourisme (première ressource avec 10 % du PIB) qui draine plus de 3,5 millions de visiteurs par ans et qu’il faut loger, nourrir, divertir avec des prestations de qualité. Des chambres d’hôtes (casa particulares) se sont ouverts par milliers et certaines peuvent même être réservées via Airbnb, on trouve aussi des petits restaurants (paladeres) et de nombreuses échoppes où sont vendus des objets artisanaux dans tous les sites fréquentés par les étrangers.

Certains secteurs qui étaient étatiques avant ne le sont plus : plomberie, menuiserie, mécanique, réparations etc. Par exemple dans le secteur de la construction et de la rénovation de maisons ou d’immeubles on trouve des petits travailleurs indépendants et des entreprises qui peuvent employer des dizaines de salariés et qui sont de véritables PME.

La grande majorité de tous ces écosystèmes fonctionnent avec des moyens limités et un mélange de système D et de bidouille qui permet de faire face à des ressources limitées (matières premières, pièces de rechange télécommunications, internet…) et qui mobilisent le plus souvent des financements familiaux alimentés par les envois de devises (remesas) des Cubains de l’étranger.

Société à deux vitesses

Dans ce système atypique ou d’un côté les militaires dirigent tout (ou presque) dans l’économie avec les dérives que cela entraîne (déresponsabilisation, passe-droit, corruption, prédation des biens publics) et le secteur privé en plein essor on voit l’émergence d’une société à deux vitesses, amplifiée par la coexistence de deux monnaies. Les activités payées avec la monnaie convertible n’ont de retombées que pour une partie de la population qui peut gagner en une journée ce que perçoit en un mois l’autre partie, employée par l’État et payée en monnaie nationale non convertible, qui supporte difficilement le rationnement et la pauvreté.

Ainsi, les « élites traditionnelles » ne le sont plus à tel point que de nombreux Cubains abandonnent leur emploi de professeur ou d’avocat, pour devenir serveurs ou chauffeurs de taxi afin de profiter de la manne apportée par le tourisme.  Une question qu'on peut se demander dans cette société schizophrène, si les jalousies ne viendront pas mettre un frein au développement des petites entreprises locales.  La recherche d’investisseurs internationaux peut-être déboucher sur une déferlante de projets opportunistes dont le bénéfice à long terme pour Cuba est incertain si leur pilotage est bureaucratique.

C'est un travail harassant de Miguel Diaz-Canel

Jusqu’où ira la révolution en cours ? Là est l’enjeu pour le nouveau président, Miguel Diaz-Canel, désigné Président du Conseil d’État le 19 avril 2018 pour prendre la suite de Raul Castro.  “Le mandat donné par le peuple à cette législature est de poursuivre la révolution cubaine dans un moment historique crucial (…) dans le cadre de l’actualisation du modèle économique” pour préciser ensuite “Je viens travailler, je ne viens pas promettre”. A-t-il déclaré dans son premier discours. C’est donc un travail harassant qui attendait ce jeune civil qui a dû composer avec la vieille garde historique.

Face à l’effondrement de l’économie en 2020 (-11 %) causée par la pandémie Covid, qui a tari les flux de devises touristiques le gouvernement a accéléré le tempo des réformes début 2021.

-en autorisant beaucoup plus largement l’activité privée limitée à 127 des 2000 secteurs d'économie cubaine pour n’en réserver que 124 aux acteurs publics, dont le commerce de détail ;

C'est en unifiant les deux monnaies du pays, le peso local utilisé par les Cubains et le peso convertible imposé aux touristes (avec une valeur une parité d’un dollar), pour ne garder que le peso local.

La transition des entreprises d’état vers le secteur privé est difficile. Car privées de leurs subventions de l'Etat, leurs coûts explosent et leurs prix de vente d’autant ce qui provoque un tsunami inflationniste (+ 70 % par an selon les données officielles) que l’augmentation des salaires ne suffit pas à compenser.

L’agriculture de l’île ne couvre que 15 % des besoins du pays que les importations ne peuvent totalement couvrir faute de devises étrangères et à cause de l’embargo américain. Il y a les pénuries et le marché noir touchent la population au quotidien à tel point que l’émigration progresse très fortement. Principale destination des émigrés Cubains les États-Unis s’attendent à une année record, où 150 000 Cubains pourraient franchir leurs frontières 2022.

La nouvelle classe dirigeante à la tête de Cuba qui a succédée à la fratrie Castro est actuellement entre le marteau et l’enclume : elle doit apporter des réponses à la pire crise économique que connaît Cuba depuis 30 ans. Il leur faudra poursuivre les nouvelles réformes pour libéraliser l’économie sans risquer d’en perdre le contrôle.

 

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