SENS ET SANTÉ Michel Lejoyeux : « Nos valeurs spirituelles, écologiques, familiales nous aident à résister émotionnellement »

17 avril 2021 à 17h56 - 717 vues

Par RadioTamTam

[Interview] Face au stress et à l’anxiété particulière de cette période, le psychiatre Michel Lejoyeux propose ses pistes pour résister et affirme qu’une renaissance même pendant le traumatisme est possible.

Le stress particulier engendré par ces temps de pandémie n’est pas sans conséquence sur notre santé mentale. Selon les derniers résultats de l’enquête CoviPrev de Santé publique France, environ un tiers de la population française souffre d‘un état anxio-dépressif… On parle même d’« épidémie dans l’épidémie ». Dans son nouvel ouvrage les Quatre Temps de la renaissance. Le stress post-traumatique n’est pas une fatalité (JC Lattès), le médecin psychiatre et addictologue Michel Lejoyeux, professeur à l’Université de Paris, propose des pistes pour mieux résister et renaître en ces temps hostiles.

La prévalence des troubles anxio-dépressifs et des syndromes de stress post-traumatique est en augmentation constante depuis le début de la pandémie de Covid-19. Tout un chacun peut-il être touché ?

Il nous est impossible de collectiviser la psyché à l’occasion d’une catastrophe ou d’un traumatisme, fût-il collectif. Il est vrai qu’un grand nombre d’entre nous sommes exposés à un stress aigu. Il s’agit d’une réaction normale de l’organisme à une situation extérieure menaçante… je dirais même que c’est plutôt un indice de santé mentale que de ressentir le stress, de ne pas être indifférent.

Ce qui va différer d’un individu à un autre, en revanche, c’est la manière dont nous allons réagir à ce stress aigu. Les étayages, qu’ils soient familiaux, sociaux ou professionnels, sont des moteurs de résilience qui permettent de mieux y résister émotionnellement. Il en est de même pour les engagements et les valeurs fortes. Qu’elles soient spirituelles, politiques, écologiques, familiales, sociétales… on sait que l’on n’est pas seul face au traumatisme quand on est engagé.

À l’inverse, qui sont les plus vulnérables face à ce stress ?

Il y a tout d’abord les personnes qui étaient déjà fragilisées avant cette crise sanitaire, particulièrement celles consommant de l’alcool ou toute autre substance psychoactive, celles ayant des antécédents de maladies psychiatriques ainsi que celles ayant subi des violences par le passé. Comprenez bien que la répétition du stress n’endurcit pas… bien au contraire, cela fragilise. Aussi, plus cette crise sanitaire dure, plus ces personnes risquent un phénomène d’épuisement par le stress pouvant conduire à des états de décompensation, de stress post-traumatique.

On constate ainsi une augmentation considérable du recours aux substances psychoactives (tabac, alcool, drogues…), des « faux amis » utilisés pour « mieux » tolérer la situation. Enfin, la santé mentale des jeunes de 18 à 24 ans, est particulièrement préoccupante, avec des accès de colère, d’agressivité, d’exaspération… et des crises suicidaires qui sont en nette hausse chez ces populations qui, clairement, ont l’impression que leur avenir est bouché.

Qu’en est-il de la santé mentale des personnes ayant contracté le Covid-19 ?

Un article du Lancet vient de montrer que près de 30 % d’entre elles risquent de développer une dépression majeure et ce, indépendamment de la gravité initiale de l’infection. Des symptômes dépressifs se manifestent également dans les Covids longs, lesquels mêlent à la fois des facteurs biologiques, avec des phénomènes inflammatoires qui persistent au niveau du cerveau, et des facteurs psychologiques. C’est-à-dire que, au moment de l’annonce de la maladie, un certain nombre de personnes se voient comme très en danger et donc vont développer un traumatisme d’exposition à la mort.

Une renaissance post-traumatique est-elle possible ?

Bien sûr, et je dirais même per-traumatique, c’est-à-dire qu’il nous est possible de renaître pendant le traumatisme. Déjà, en acceptant ses émotions. On sait aujourd’hui que face à tout traumatisme, qu’il soit individuel ou collectif, ceux qui acceptent l’idée qu’ils vont être traversés par des émotions négatives et qui les affrontent vont ensuite pouvoir mieux les surmonter. C’est un mécanisme que l’on observe avec le deuil et la nécessité d’accepter le fait que la perte d’un être cher nous dévaste pour pouvoir traverser au mieux cette épreuve…

Cela a également été observé à l’occasion de précédentes catastrophes collectives, telles que l’ouragan Harvey qui a balayé Houston en 2017. Des chercheurs états-uniens ont montré que les adeptes de l’affrontement résistaient globalement mieux émotionnellement : ils étaient moins tristes, le souvenir douloureux durait moins longtemps, ils étaient moins souvent atteints de stress post-traumatique.

Cette crise nous montre finalement le rôle clé de nos émotions pour mieux résister…

Effectivement, mais nous aurions aimé pouvoir accéder à nos émotions autrement qu’à la faveur d’une catastrophe planétaire… En tout cas, il est vrai que le déni ou le mépris que nous pouvions avoir pour nos émotions n’est aujourd’hui plus tenable. C’est désormais aussi sur des raisons psychologiques, et même psychiatriques, que se prennent les décisions de confinement et de déconfinement… C’est-à-dire que nous avons complètement intégré aujourd’hui que l’une des cibles potentielles de l‘impact de la pandémie était notre appareil psychique.

Vous êtes un fervent défenseur de l’optimisme ; le restez-vous ?

C’est un combat d’anticiper des choses positives, d’autant plus dans une situation reconnue objectivement comme stressante, déstabilisante et épuisante. On reste sur la phrase indépassable d’Alain : « Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté » (Propos sur le bonheur, 1928). Il est vrai que durant très longtemps, le médecin psychiatre que je suis, dans une perspective cognitivo-comportementale, incitait à l’optimisme maximal car, de fait, les études montrent que l’on est en meilleure santé quand on est optimiste plutôt que pessimiste.

Mais dans une situation de danger comme on la vit, l’excès d’optimisme peut, de fait, conduire à un déni de la réalité et des risques… lequel pourrait, en pratique, se traduire par un non-respect des gestes barrières, un refus de la vaccination, et ainsi clairement engager la vie. Aussi, aujourd’hui, je prône un nouvel optimisme, que je qualifierais de « raisonnable », c’est-à-dire se projetant dans l’avenir de manière positive, mais sans nier les risques et dangers. À condition de ne pas être « hors sol » ou irresponsable, l’optimisme reste bénéfique même en temps de crise : il abaisse le stress, réduit le risque de maladies cardiovasculaires, encourage à mettre en pratique les gestes de protection et mesures de prévention…

Comment cultiver l’optimisme en ces temps incertains ?

En recherchant autant que possible des motifs d’anticipation positive ! En consultation, je propose souvent le jeu du « conditionnel positif » : imaginez que vous avez une baguette magique qui puisse exaucer trois vœux, que demanderiez-vous ? Interdisez-vous le « Je voudrais que tout redevienne comme avant » et mettez-vous dans des attentes concrètes et réalistes…

Autre exercice dans la même veine : visualisez un futur proche possible et agréable pendant une quinzaine de minutes, chaque jour. Ces exercices permettent de redonner l’envie, ouvrir des possibles… Acceptez l’idée que notre cerveau a des capacités d’adaptation étonnantes. On sait par exemple que les types de connexions entre les neurones changent au gré de nos expériences ; c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale.

Eh bien notre esprit serait probablement aussi plastique, c’est-à-dire qu’il ne tient qu’à nous de modifier ses connexions et émotions en adoptant des pensées positives, en se construisant des moments riches de sens et d’existence, qui vont être des instruments de résilience… N’abandonnons pas l’ici et maintenant. Nous avons toujours à notre portée la possibilité de programmer des rendez-vous avec soi chargés d’émotions, de sens et en phase avec les valeurs qui nous animent.

Que nous apporte la foi ou  la spiritualité en ces temps de crise sanitaire et parfois même de crise existentielle ?

C'est une aide claire pour mieux y résister sur le plan psychique. Nous savons,  qu’en psychologie on sait que la foi et la spiritualité sont des facteurs déterminant le sentiment de cohérence de l’existence, lequel en ces temps difficiles aide à donner du sens à des événements qui, sinon, apparaissent simplement comme des traumatismes absurdes.

Nous savons concrètement que cette notion clé d’engagement dans des valeurs pérennes, c’est-à-dire qui existaient avant la pandémie, qui existent maintenant et qui existeront après… Enfin, sachez que l’engagement religieux est d’autant plus un facteur de renaissance et de résilience qu’il est collectif et qu’il nous pousse à l’altruisme, comme cela a été montré par des psychiatres du King’s College de Londres.

Source : Lavie.fr

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