Par La Rédaction de RadioTamTam
Donald Trump, le président des Etats Unis a royalement ignoré les notions de giron, de pré-carré… pour menacer une filleule de la France. Il s’agit de la Côte d’Ivoire. Suite aux supposées accusations de trafic de drogue à grande échelle à partir du pays de Alassane Ouattara, le président américain par le truchement de son ambassade près la Côte d’Ivoire a menacé d’agir.
Si la lutte contre le narcotrafic est une constance pour l’administration américaine depuis des décennies, ce coup de semonce de Donald Trump contre le pouvoir de Ouattara, le fidèle des fidèles et le protégé de Emmanuel Macron suscite moult interrogations qu’il urge naturellement de décortiquer.
Dans un tweet en date du 09 juin 2020, les Etats Unis via leur ambassade près Côte d’Ivoire se sont dit préoccupés par le problème du trafic de drogue dans le pays de Alassane Ouattara. Mieux, dans ce tweet, l’administration Trump a annoncé qu’elle agirait contre tous les trafiquants de drogue connus.
Ce tweet intervient au moment même où le premier ministre par intérim Hamed Bakayoko est cité par une enquête internationale du journal «Vice Media» comme étant le présumé baron du trafic de drogue en Côte d’Ivoire et que le pays de Alassane Ouattara serait devenue la plaque tournante du trafic de drogue vers l’Europe. Cette annonce a fait l’effet d’une bombe.
L’autre fait non moins banal, c’est que dès la publication de cette enquête, avec carte blanche de Washington, la Drug Enforcement Agency (DEA), l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue et la traque des narcotrafiquants a déclaré être prête à interpeller le premier ministre Hamed Bakayoko et 157 personnalités ivoiriennes selon les révélations de ce média.
Rappelons que cette enquête du journal «Vice Media» a été menée par deux journalistes. Il s’agit de Nicholas Ibekwe et Daan Bauwens. Leur enquête est intitulée «Comment votre conso de coke fout la merde en Afrique de l’Ouest». Cette investigation présente la ville portuaire d’Abidjan, à l’instar de Dakar (Sénégal) et Lagos (Nigeria), comme l’un des maillons indispensables de la route de la cocaïne qui lie l’Amérique du Sud à l’Europe via l’Afrique de l’Ouest pour le compte des mafias italienne et colombienne.
Ils auraient eu des preuves impliquant de façon présumée de hautes autorités politiques de la Côte d’Ivoire ainsi que des membres du showbiz. Il en découle un tollé général à Abidjan. Certaines personnalités politiques citées ont annoncé des poursuites judiciaires.
On connait le raidissement des Etats Unis quand il s’agit de narcotrafic. Mais très souvent, c’est en Amérique latine, en Amérique du nord et en Amérique centrale, leurs arrière-cours naturelles qu’ils sont intraitables. On a encore en mémoire les contingences survenues en 1987 quand Manuel Noriega, ex homme fort et président de la République du Panama (Amérique du Nord) a été lâché par Washington en 1987 qui l’accuse de trafic de drogue et de racket. Conséquence il a été cueilli par les Américains comme un chenapan.
Mais que Donald Trump quitte sa sphère d’influence de l’Amérique latine ou du nord, pour menacer vertement un pays de l’Afrique occidentale, de surcroit francophone, donc dans le giron de la France et ce au nez et à la barbe de Emmanuel Macron, il y a de quoi provoquer les ondes sismiques. D’où la kyrielle d’interrogations qui taraudent les observateurs avertis sur l’échiquier international.
Pourquoi Donald Trump a directement sommé le pouvoir de Alassane Ouattara, l’introduit de Emmanuel Macron ? A quelques décades de la présidentielle ivoirienne, un tel geste est-il anodin, banal, ou une simple coïncidence ? Comment interpréter cette incursion de Trump dans cette «ouche» de la France ? L’impéritie de l’Hexagone à maitriser les conséquences de la guerre au Sahel après la mort de Mouammar Kadhafi en est un pesant? Le pays de Macron actuellement la risée des africains n’a-t-il pas définitivement perdu la guerre d’influence en Afrique ? Autant de questions.
En agissant ainsi contre la Côte d’Ivoire sans l’onction de Paris, c’est que Donald Trump vient de démontrer que la France n’est plus crédible pour assumer un certain nombre de missions importantes en Afrique.
Et la principale de ces missions, c’est la question de la sécurité. En effet, après la mort de l’ex guide libyen, Mouammar Kadhafi, suite à une résolution française, à l’Onu, le Sahel est devenu un géant bourbier à ciel ouvert écumé par divers groupes terroristes..
Quand elle a fini de bombardé Kadhafi et que les djihadistes ont réussi à se servir copieusement en armes dans les casernes libyennes, malgré les différents corps expéditionnaires français tels que «Serval» et «Barkhane», la France n’arrive pas depuis 2012 à vaincre les terroristes.
En début juin 2020, c’est avec le soutien technologique de l’armée américaine que Abdelmalek Droukdel, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique a été tué. C’est lui qui pendant longtemps détenait de nombreux otages, français et étrangers. Il a été donc éliminé au nord Mali, non loin de la frontière avec l’Algérie d’où il dirigeait ses opérations. Cette élimination a été rendue possible en partie grâce aux renseignements américains.
Ainsi, les soldats de Trump ont bien voulu montrer la voie à suivre à la France contre les groupes terroristes qui se disputent la région, aussi bien ceux liés à Al-Qaïda que ceux qui se revendiquent de Daech.
Mieux, en dépit de ces corps expéditionnaires comme «Barkhane», c’est que la France dispose de quatre bases françaises en Afrique. Il s’agit de celles de Dakar, Abidjan, Libreville et Djibouti. Cependant, son incapacité à inverser la tendance du terrorisme en Afrique est notoire.
Mais on sait que depuis la guerre d’Indochine qui a duré près de huit ans et qui a été soldée par la mémorable débâche de l’armée française le 13 mai 1954, avec la bataille de Diên Biên Phu, c’est la poisse qui poursuit les corps expéditionnaires français.
Donald Trump a donc compris que les vastes zones sahéliennes d’Afrique (Tchad, Niger, Mali, Burkina et Mauritanie), si rien n’est fait risquent de devenir à jamais un «no man’s land», une zone de non droit. Ce qui pourrait profiter la Russie qui si rien n’est fait va s’y implanter allègrement.
Déjà que Donald Trump voit d’un mauvais œil l’incursion de la Russie en Centrafrique, une autre terre de prédilection de la France abandonnée dans une guerre fratricide. Et même au-delà de la Russie, le président américain craint que les Chinois profitent du chaos sécuritaire pour s’implanter au Sahel et mettre davantage la main sur les richesses de cette zone.
Dans ce contexte géopolitique très troublé où la France a démissionné et incapable de maintenir l’ordre dans le Sahel, Donald Trump n’entend pas cautionner que la Côte d’Ivoire devienne un ‘’marché de coca’’. D’où son regard inquisiteur et la menace de faire une bonne campagne de salubrité en Côte d’Ivoire ne craignant pas une «mini guerre froide» avec la France incapable et de plus en plus moribonde.
En effet, avec les coups de semonce de Donald Trump, il est très intéressant de s’attarder sur la réelle place de la France dans cet ensemble sahélien au moment où Donald Trump vient pour faire le gendarme.
Outre l’incapacité de la France sur le plan sécuritaire, il y a d’autres sujets qui fâchent et qui ternissent l’image de la France. On peut citer l’avenir du F CFA, les manœuvres subreptices pour arracher l’Eco aux pays de la CEDEAO avec Emmanuel Macron qui instrumentalise certains chefs d’Etat africains sans oublier les violences raciales et discriminatoires contre les Noirs.
Les tergiversations de la France pour rapatrier les trésors culturels et cultuels indument volés en Afrique et gardés dans les musées français est également un dossier crucial. Avec le récent déboulonnage des statues dans certaines capitales africaines, il y a aussi la question mémorielle avec le sort à réserver aux statues des héros français mais colonisateurs racistes de grand format comme Faidherbe et même dé Gaulle.
Comme on le voit, la France a perdu sa crédibilité en Afrique et les petites ententes avec certains dictateurs pour lui sauver la mise ne sont plus possibles. La messe est dite.
(Dossier à suivre)
Par Luc GUIDIBI, correspondant en Afrique du Sud.
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