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Hier soir, sous les projecteurs soigneusement ajustés de l’émission « 1 Candidat, 1 Projet », le public gabonais assistait à ce qui devait être un grand rendez-vous démocratique : la première apparition télévisée de Brice Clotaire Oligui Nguema en tant que candidat déclaré à la magistrature suprême.
Après la prestation plus vivante – et controversée – d’Alain Claude Bilie-By-Nze la semaine précédente, beaucoup espéraient un moment de vérité, un face-à-face de haute intensité. Ce fut, en réalité, une partition maîtrisée… mais sans véritable contre-chant.
Dès son entrée, le ton est donné. L’ancien général devenu civil avance calme, droit, sûr de lui, presque comme en parade militaire. Il déclare d’emblée :
« Je ne suis pas un excellent orateur ou tchatcheur, je ne suis pas venu pour divertir. »
La phrase, sèche et calculée, sonne comme une consigne de silence adressée à toute tentative de légèreté ou de contradiction. Ce ne sera pas un dialogue. Ce sera une déclaration de doctrine, une mise en scène de l’autorité tranquille.
L’intervention de Brice Clotaire Oligui Nguema s’inscrit dans le registre du contrôle absolu : un discours structuré, des chiffres maîtrisés, un message limpide. Mais surtout, aucun mot plus haut que l’autre, aucun angle d’attaque risqué. Le « je » règne en maître, reléguant l’équipe, le collectif, et le « nous » au second plan.
Pendant ce temps, les journalistes présents semblent retenus, figés, presque absents. À l’exception d’une tentative de relance – saluée – d’une journaliste cherchant à creuser certaines ambiguïtés, aucune véritable contradiction n’est venue troubler l’exercice. On est loin du choc des idées : plus proche d’une démonstration unilatérale, déroulée comme une leçon.
Aucun mot sur les figures du Parti Démocratique Gabonais qui gravitent autour de sa campagne, pourtant héritier d’une gouvernance longtemps critiquée. Pas de mise en cause, pas de question directe, rien sur la mémoire d’un système dont l’ombre plane toujours. L’éléphant était dans la pièce — soigneusement évité.
Ce que les citoyens attendaient, c’était un vrai débat. Ce qu’ils ont eu, c’est un monologue élégant, soigné, maîtrisé — mais vide de confrontation réelle. À la télévision, il ne suffit pas d’occuper l’espace pour éclairer le pays : encore faut-il accepter la contradiction, accueillir la relance, et faire face aux aspérités du réel.
Sans cela, le débat devient rituel, et l’interview, une chorégraphie figée.
Alors, faut-il croire à une prudence journalistique ? À un excès de respect devant un homme de pouvoir ? Ou à une mécanique bien orchestrée pour éviter toute dissonance ?
Dans une démocratie adulte, la parole du candidat doit être mise à l’épreuve : celle du feu de la vérité, de l’interpellation citoyenne, de l’analyse critique.
À défaut, la politique devient un théâtre — et le peuple, un spectateur passif.