Grève, arrestations, pression sociale : pourquoi le régime gabonais a dû reculer. Analyse des rapports de force.
Libreville, Gabon — La libération sous condition de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, figures centrales du mouvement de grève des enseignants au Gabon, marque un premier infléchissement notable de la position des autorités face à une crise sociale qui paralyse le système éducatif depuis plusieurs semaines.
Arrêtés une semaine plus tôt pour « obstruction à l’accès au service public », les deux syndicalistes ont été remis en liberté provisoire lundi 26 janvier, officiellement pour raisons de santé, dans l’attente de leur procès prévu le vendredi 30 janvier. Une décision judiciaire qui intervient dans un climat de forte pression sociale et politique.
Cette remise en liberté répond directement à une exigence non négociable du collectif SOS Éducation, à l’origine du mouvement.
Le collectif avait clairement conditionné toute reprise du dialogue avec le gouvernement à la libération des deux leaders, dont l’arrestation avait galvanisé la mobilisation au lieu de l’affaiblir.
Au-delà de leur rôle syndical, Marcel Libama et Simon Ndong Edzo incarnent une dimension symbolique et médiatique forte d’un conflit qui dépasse désormais les cadres syndicaux traditionnels. Malgré les menaces de sanctions et les injonctions du ministère de l’Éducation nationale, la mobilisation est restée solidement ancrée sur le terrain.
La crise actuelle s’inscrit dans un contexte plus large, huit mois après la transition politique conduite par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Le secteur public, et particulièrement l’éducation, reste marqué par des dysfonctionnements structurels anciens :
· embauches précaires,
· retards de titularisation,
· arriérés de salaires et d’avancements,
· dégradation des conditions de travail.
Né en dehors des circuits syndicaux classiques, SOS Éducation cristallise un ras-le-bol profond et fait aujourd’hui école. Des collectifs similaires ont émergé dans d’autres secteurs stratégiques : médias publics, enseignement supérieur, pétrole. Une dynamique de contestation horizontale et sectorielle qui complexifie la gestion du front social.
La libération des syndicalistes a permis une reprise du dialogue.
Dès lundi, une délégation de SOS Éducation a été reçue par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, ainsi que par plusieurs ministres techniques.
Cette ouverture a été facilitée par la médiation du député Jean-Gaspard Ntoutoume-Ayi, mandaté par le chef de l’État. Réputé indépendant, ce parlementaire apparaît comme un canal de dialogue crédible face à un mouvement structuré, populaire et difficilement marginalisable.
Si la médiation constitue un changement d’approche notable après plusieurs semaines de crispation, son efficacité sera jugée à l’aune de résultats concrets.
Les enseignants attendent des engagements précis et rapides sur les revendications salariales et statutaires.
Au-delà de l’école, cette séquence révèle l’existence d’un front social fragmenté mais actif au Gabon. Chaque secteur réclame désormais la résolution de griefs accumulés, plaçant les autorités devant la nécessité de négociations multiples et simultanées, avec le risque d’une contagion sociale généralisée.
Si le dialogue échoue à produire des avancées tangibles, la libération des leaders enseignants pourrait n’être qu’un répit tactique. La grogne sociale, dont l’épicentre reste l’éducation mais qui gagne d’autres secteurs vitaux, pourrait alors entrer dans une phase plus critique, mettant à l’épreuve la résilience de la transition politique gabonaise.
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