Le monde avance. Le numérique accélère. Les économies s’organisent autour de la donnée, des services en ligne et des réseaux. Pendant ce temps, le Gabon annonce la suspension des réseaux sociaux. Une décision lourde, et surtout, un symbole.
Dans un communiqué lu à la télévision publique, la HAC justifie la mesure par la diffusion récurrente de contenus jugés « inappropriés, diffamatoires, haineux et injurieux », susceptibles de porter atte
Réguler n’est pas couperinte à la dignité humaine, à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions et à la sécurité nationale.
Personne ne nie les dérives : désinformation, insultes, harcèlement, appels à la haine. Ces réalités exigent des réponses fermes. Mais la réponse doit être ciblée, proportionnée et contrôlable.
Bloquer l’ensemble des réseaux sociaux, c’est utiliser un marteau pour régler une montre : on prétend corriger l’abus, mais on fragilise l’écosystème entier.
Le coût invisible : économie, jeunesse, diaspora
Les plateformes ne sont plus seulement des lieux de débat : elles sont des canaux de travail, de vente, d’organisation, d’éducation et de mobilisation citoyenne. Une suspension générale impacte directement :
- les entrepreneurs du digital et les PME dépendantes des réseaux pour vendre ;
- les créateurs, artistes et médias qui diffusent et monétisent leurs contenus ;
- les citoyens qui s’informent, alertent, documentent et participent au débat public ;
- la diaspora, souvent connectée au pays via ces canaux.
Image internationale : attractivité et confiance
Dans un monde où l’investissement se décide en temps réel, la crédibilité numérique influence la confiance. Suspendre l’accès aux réseaux sociaux envoie un signal : celui d’un espace numérique instable, donc risqué.
La sécurité ne se construit pas par la déconnexion
L’ordre public est un impératif. Mais une société se stabilise durablement par la confiance, la justice et des règles applicables, pas par la coupure globale. À défaut, le débat se déplace vers des canaux moins visibles — parfois plus radicaux — et la fracture s’approfondit.
La lutte contre les contenus illicites est légitime. Mais la méthode fait la différence entre une démocratie qui se renforce et un État qui se replie. À l’heure où l’Afrique investit dans le digital, la souveraineté ne se prouve pas en se coupant du monde.
Le monde avance. Le Gabon ne peut pas reculer.
Félicité Amaneyâ Râ Vincent
Journaliste indépendante — Fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA
« La Parole est une Force »