ÉDITORIAL · DIASPORA & DÉVELOPPEMENT
Éditorial — Félicité Amaneyâ Râ VINCENT
RADIOTAMTAM AFRICA
La Parole est une Force
Cette édition est préparée par la rédaction de RADIOTAMTAM AFRICA et présentée par notre voix de synthèse.
Les migrants africains ont envoyé 124,2 milliards de dollars vers le continent en 2025, selon le rapport Sending Money Home 2026 du Fonds international de développement agricole (FIDA). Derrière ce chiffre, il y a des millions de personnes qui travaillent loin de chez elles et soutiennent, mois après mois, leurs familles restées au pays. (www.ifad.org)
L’Égypte arrive en tête avec 41,51 milliards de dollars reçus, devant le Nigeria et le Maroc. Le classement comprend aussi l’Éthiopie, le Kenya, le Zimbabwe, la République démocratique du Congo, le Sénégal, la Tunisie et le Ghana. Une absence me frappe : aucun des six pays de la CEMAC — Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Guinée équatoriale, Gabon et Congo — ne figure parmi ces dix premiers bénéficiaires. Précisons que la République démocratique du Congo, citée dans le classement, ne fait pas partie de la CEMAC. (www.ifad.org)
Cette absence ne veut pas dire que les diasporas de la CEMAC n’envoient pas d’argent. Elle signifie qu’aucun de leurs pays d’origine n’apparaît dans ce classement établi selon les montants reçus. Elle appelle toutefois une question: combien reçoit chaque pays de la zone, par quels circuits et à quel coût pour les familles ? Sans ces données détaillées, nous ne pouvons ni mesurer pleinement le rôle de ces transferts ni comprendre les obstacles rencontrés par celles et ceux qui envoient de l’argent.
Il faut aussi regarder ce que cet argent permet de faire. Une somme reçue sert souvent à acheter de la nourriture ou des médicaments, à payer les études d’un enfant, à soutenir un parent ou à organiser des obsèques. Ces dépenses répondent à des nécessités réelles. Payer des études ou des soins, c’est aussi investir dans la vie et l’avenir d’une famille. Le FIDA rappelle que les transferts aident les ménages à couvrir leurs besoins essentiels et peuvent également soutenir leurs activités économiques. (www.ifad.org)
Mais peut-on aller plus loin ? Oui, si les familles disposent de moyens sûrs et volontaires pour participer à des projets collectifs, en plus de l’aide qu’elles apportent déjà à leurs proches. Une coopérative agricole, un équipement de santé, l’électrification d’un village ou une route utile à la production locale pourraient bénéficier de l’engagement de la diaspora. Au Burkina Faso, l’initiative Faso Mêbo montre comment une mobilisation collective peut accompagner des travaux de désenclavement et d’aménagement. Chaque projet doit toutefois être jugé sur ses résultats, la transparence de son financement et les besoins exprimés par les habitants. (primature.gov.bf)
Le coût des envois reste lui aussi un frein. D’après le rapport cité, transférer 200 dollars vers l’Afrique coûtait en moyenne 7,2 % par les prestataires non bancaires au troisième trimestre 2025, bien au-dessus de la cible internationale de 3 %. Réduire ces frais laisserait davantage d’argent aux destinataires, qu’ils l’utilisent pour leurs besoins quotidiens ou pour un projet. (www.ifad.org)
À l’échelle des pays à revenu faible et intermédiaire, les transferts de migrants dépassent largement l’aide publique au développement. Mais cet argent appartient à celles et ceux qui l’envoient et le reçoivent. Il ne dispense pas les États de construire des routes, de financer les soins ou d’étendre l’électricité. Le FIDA le souligne : les transferts privés ne peuvent remplacer l’investissement public. (www.ifad.org)
Pour les pays de la CEMAC, le débat devrait donc commencer par des chiffres accessibles, puis se poursuivre par des projets crédibles : des frais de transfert plus bas, des possibilités d’épargne et d’investissement adaptées, des comptes rendus publics et une place réelle donnée aux communautés concernées. La diaspora soutient déjà les familles. À quelles conditions pourrait-elle aussi contribuer, librement et en confiance, à bâtir l’avenir de leurs territoires ?
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