MONTPELLIER : Un Sommet Afrique-France inédit, sans chef d’État africain organisé par Emmanuel Macron Actualité Afrique 2050 09 octobre 2021
09 octobre 2021 - 19:14 - 3596vues
Par Félicité VINCENT
Les entrepreneurs, artistes, sportif sont invités par Emmanuel Macron, des acteurs de la société civile africaine participeront, ce vendredi 8 octobre à Montpellier, au 28e sommet Afrique-France. Pour la première fois, aucun chef d’État africain n’a été convié
Des centaines de jeunes de la « société civile » africaine sont invités vendredi à Montpellier par Emmanuel Macron, pour un sommet Afrique-France inédit visant à « refonder » la relation, mais qualifié de « rupture en trompe-l'œil » par certains intellectuels africains.
Ce sommet se déroule à un moment où l'influence de l'ex-empire colonial dans son pré-carré est de plus en plus disputée, particulièrement par la Russie, et où Paris est en crise ouverte avec le Mali et l'Algérie.
Depuis 1973, pour la première fois, début des sommets France-Afrique (devenus Afrique-France), aucun chef d'Etat du continent n'est invité. Les conseillers de l'Elysée pensent que ce nouveau format doit permettre, « d'écouter la parole de la jeunesse africaine » et de « sortir des formules et des réseaux obsolètes ». Pour être clair, rompre, encore et toujours, avec la « Françafrique », ses pratiques opaques et ses réseaux d'influence.
Donc ce seront de jeunes entrepreneurs, artistes, sportifs du continent qui rencontreront leur alter ego français et de la diaspora pour discuter de sujets économiques, politiques et culturels. Ensuite, un panel de douze jeunes Africains, du Mali, de la Côte d'Ivoire, de la Tunisie, d'Afrique du Sud, du Kenya. Dans l'après-midi s'entretiendra avec le président Macron en séance plénière.
« Il y a les sujets qui fâchent seront sur la table »
Ce panel fut sélectionné à l'issue des dialogues menés pendant des mois à travers le continent par l'intellectuel camerounais Achille Mbembe, chargé de préparer le sommet.
C'est dans son rapport, remis mardi au président français, ou M. Mbembe estime par exemple que la France est trop déconnectée « des nouveaux mouvements et des expérimentations politiques et culturelles » portés par la jeunesse africaine.
Il indique, également que de tous les différends, « aucun n'est aussi corrosif que l'appui présumé de la France à la tyrannie sur le continent ». Hier, l'exemple tchadien, lorsque le président français a immédiatement apporté son soutien à la junte militaire mise en place par le fils Deby après l'assassinat de son père, est dans toutes les têtes.
Les interventions militaires françaises, souveraineté, gouvernance, démocratie, « les sujets qui fâchent seront sur la table », insiste l'Elysée.
«Il y a l'Afrique est travaillée par deux forces : celles de l'innovation et celles de la clôture, des forces de mort. La première question principale que poseront les jeunes à Macron c'est : de quel côté êtes-vous ? », Assurait ainsi M. Mbembe jeudi au micro de France inter.
« Trompe-l'oeil »
Ce penseur du postcolonialisme a été sévèrement critiqué par certains tous ses pairs africains pour avoir accepté de piloter le sommet.
Nous pouvons lire dans une tribune publiée jeudi sur le site senegalactu.info, Boubacar Boris Diop, l'écrivain sénégalais dénonce « un faux coup de pied dans la fourmilière ». « Il écrit que le face-à-face entre Macron et la société civile africaine aurait été beaucoup plus crédible ou même fructueux si on avait au moins senti sur le terrain des signes concrets de sa volonté de changement ».
De leur côté, beaucoup d'intellectuels du collectif panafricain Cora critiquent « une société civile taillée sur mesure » à Montpellier, « l'Afrique qui réussit », « pour donner l'illusion » que la France est « à l'écoute des populations africaines et de leurs intellectuels ».
Au-delà des sujets politiques qui fâchent, le sommet donne une large place aux acteurs économiques. Ainsi, il a été précédé par des rencontres pendant deux jours à Paris avec 350 entrepreneurs africains.
Une autre table ronde, qui sera consacrée aux questions des restitutions des biens culturels, un des domaines dans lesquels les intellectuels les plus critiques reconnaissent à Emmanuel Macron des gestes forts.
Amadou Sadjo Barry, philosophe canadien d'origine guinéenne , « les lignes ont bougé sur le plan symbolique, il y a eu des gestes importants » comme la restitution de biens pillés au Bénin, l'annonce de la fin du franc CFA, la reconnaissance des « responsabilités accablantes » de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994...
A la fin de ce sommet, le président français, probable candidat à sa réélection dans sept mois, pourrait faire des annonces générales, s'appuyant sur les propositions d'Achille Mbembe. Peut-être parmi elles, la création d'un Fonds destiné à soutenir les initiatives de promotion de la démocratie, des programmes permettant une plus grande mobilité étudiante, ou la mise en place d'un « forum euro-africain sur les migrations ».
Un Sommet Afrique-France inédit, organisé par Emmanuel Macron sans chef d’État africain.
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