Le profond malaise des architectes

13 juin 2018 - 99 vues

« Renforcer le désir d’architecture chez les citoyens », tout en promouvant« une architecture de qualité. » Tels sont les objectifs qu’a annoncés la ministre de la culture, Françoise Nyssen, le 17 mai. Les groupes de travail constitués dans ce but parviendront-ils à apaiser l’ire d’une profession excédée ? Rien n’est moins sûr.

Atterrés de ne pas avoir été consultés sur la nouvelle loi ELAN (évolution du logement, de l’aménagement et du numérique), les architectes français regimbent depuis plusieurs mois. Ils sonnent l’alarme sur les dangers d’un texte qui prévoit notamment, pour relancer la production de logements sociaux, d’affranchir le secteur des contraintes de la commande publique et de l’obligation du concours d’architecture. Outre la défense de leurs intérêts corporatistes, ils dénoncent un mouvement de dégradation continue du paysage architectural et de la qualité du logement, que cette loi promet, selon eux, d’accélérer.

 

Les causes du mal sont multiples, complexes, structurelles, et d’autant plus difficiles à juguler que le secteur n’a cessé de naviguer d’un ministère de tutelle à l’autre depuis la fin des années 1970. Elles pèsent lourdement sur la profession d’architecte, qui, aujourd’hui, manque cruellement d’oxygène.

Sans doute y a-t-il autant de manières d’être architecte qu’il y a d’architectes en France. Mais tous s’accordent sur un point, à savoir un appauvrissement intellectuel et matériel considérable, lequel résulte d’un double phénomène. Il y a d’abord la logique de rentabilité qu’imposent des promoteurs moins soucieux de qualité architecturale que de leurs marges financières, et dont la mainmise augmente à mesure que l’Etat cède ses prérogatives.

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