Réchauffement climatique : Nos forêts ont besoin d’être gérées et entretenues Actualités 24 juillet 2023
24 juillet 2023 - 22:08 - 2257vues
Par Félicité VINCENT
Entretenir l’idée que la nature pourrait, seule, faire face aux risques qui menacent nos massifs est « au mieux, naïf, au pire, coupable », plaide l’agronome Pierre Bois d’Enghien*.
Les forêts françaises perdent peu à peu de leurs capacités à capter et à stocker le CO2. Plusieurs médias nationaux depuis ces derniers jours se sont ainsi fait l'écho de la publication du dernier inventaire des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN), selon lequel la capacité de stockage du CO2 par nos écosystèmes forestiers aurait été divisée par deux en une dizaine d'années.
Il semble d'ici 2026, certains spécialistes estiment même que – demain donc –, les forêts françaises pourraient émettre plus de carbone qu'elles n'en absorbent. L'administration Macron doit, sous peu, présenter la troisième version de sa stratégie nationale basse carbone (SNBC), qui est la situation la plus alarmante.
Bien sûr leur constat ne fait aucun débat, l'identification des facteurs accélérant cette inquiétante tendance souffre de certains biais idéologiques. Les anxiogènes tendent en effet à pointer l'exploitation forestière comme l'une des causes de l'effondrement du puits de carbone. Leur raisonnement est tellement simple, pour ne pas dire simpliste : allez puisque, l'on coupe des arbres, ces mêmes arbres ne peuvent plus capter de GES.
Voici une bonne question imparable, sauf si l'on prend un peu de hauteur ; et l'urgence de la situation actuelle n'exige-t-elle pas d'éviter ces raccourcis trompeurs ? Le puits de carbone ne baisse pas à cause d'une augmentation de la récolte d'arbres mais en raison du réchauffement climatique, qui entraîne une hausse de la mortalité et des dépérissements d'arbres.
Manque d'eau
L'Académie des sciences l'écrit noir sur blanc dans un rapport publié récemment : « La croissance nette des forêts métropolitaines a diminué de 10 %, la mortalité a augmenté de 54 % et les prélèvements ont augmenté de 20 % entre 2005-2013 et 2012-2020. »
Comment expliquer une telle surmortalité ? Toujours selon l'Académie des sciences, « la sécheresse est le premier déterminant majeur de l'état sanitaire des forêts […] Le manque d'eau provoque des arrêts précoces de la croissance des arbres […] et de la photosynthèse, qui engendrent une diminution importante de la productivité, de la croissance annuelle […] et du puits de carbone ».
Le constat est donc on peut dire plus clair : c'est bien le dérèglement du climat et le manque d'eau qui sont la première cause du dépérissement de nos forêts et, par conséquent, de la baisse du puits de carbone. Les forêts sont « devenues des sources de CO2 en été, avec des pertes de carbone », poursuivent les auteurs du rapport.
La question est où, dans ces lignes, distingue-t-on un appel à abandonner nos forêts à leur sort ? En quoi leur vulnérabilité justifierait elle que l'homme, qui gère ces massifs depuis des siècles, s'en détourne au nom d'une prétendue capacité de la « nature » à s'adapter à des bouleversements dont la vitesse prend de court tous les êtres vivants ?
La Lutte contre le dépérissement des arbres est où ?
La mission première est s'adapté, pour survivre et pour continuer à stocker du carbone, nos forêts ont besoin d'être gérées et entretenues par les forestiers dont c'est la mission première. Ceux-ci ne coupent pas des arbres « pour le plaisir » mais parce que ces coupes répondent aux enjeux du changement climatique. Qu'il s'agisse de « coupes sanitaires », destinées à lutter contre le dépérissement des arbres malades, ou de « coupes d'amélioration » dégageant des éclaircies qui permettent aux arbres les plus beaux et vigoureux de se développer, c'est toute la vie de la forêt que les forestiers ont à cœur de préserver pour les générations futures.
Que l'on contemple avec admiration, pour s'en convaincre, le sort de la pauvre forêt de Teste-de-Buch (Gironde). Bien mal « protégé » par un statut datant du Moyen Âge interdisant tout entretien à ses propriétaires, ce massif emblématique des Landes est parti en fumée au cours des terribles incendies qui ont ravagé la région en 2022.
Eh oui, les pompiers ont été dépêchés sur place ils n'ont presque rien pu faire face à l'enchevêtrement chaotique de végétation qui représentait un véritable combustible naturel. Les fougères non bien gérée par l'homme, la forêt de la Teste-de-Buch a relâché, et cette fois définitivement, tout le carbone qu'elle stockait depuis des siècles dans l'atmosphère. Est-ce vraiment ce modèle de « laisser faire » qui s'impose pour protéger nos forêts des risques qui les menacent ?
L'idéologie rouge vert de la Corée du Nord ne nous sauvera pas !
Enfin pour dire la vérité qui libère, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître à certains, couper des arbres est nécessaire si nous voulons atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050, comme la France s'y est engagée. Comme la forêt du Golfe de Guinée en Afrique, la forêt et la filière bois ont ainsi un rôle prépondérant à jouer dans la SNBC. Pour la deuxième version de cette stratégie qui préconise en effet une augmentation des prélèvements de bois pour stocker le carbone dans des objets, plutôt qu'au sein de forêts susceptibles d'être incendiées.
Transformer la terre, sur laquelle vivent désormais plus de 6 milliards d'individus, c'était déjà une injonction de la Bible aux êtres humains. C'est une fausse vision de cultiver l'idée d'une forêt sans intervention humaine est, au mieux, naïf, au pire, coupable. C'est une nécessité d'agir contre le réchauffement climatique et pour nos forêts passe par la continuation d'une gestion et d'une exploitation forestières durables.
Les concentrations de CO2 ne diminueront pas du jour au lendemain en aspergeant des tableaux de maîtres exposés dans les musées. L'idéologie vert de la Corée du Nord ne nous sauvera pas. La volonté d'innover et de nous adapter, j'en suis convaincu, l'être humain en est capable. D'abord la recherche scientifique, alors faisons confiance aux scientifiques, aux experts de terrain et aux forestiers, dont la forêt est le métier.
* Pierre Bois d'Enghien, ingénieur agronome belge, enseigne en sciences de l'environnement.
Soutenez une radio libre : Contrairement à de nombreuses publications de la narration mondiales sur l'Afrique, nous n’avons pas ajouté de paywall à notre site Web ou à nos bulletins d’information. Tout est gratuit, car nous sommes engagés pour notre mère l'Afrique et nous vous invitons à visiter souvent notre site web pour un aperçu d’Afrique sur des événements d’actualité, des affaires, des arts et de la culture, des voyages, de la musique, de la mode, des sports, des événements et plus encore. Si vous le pouvez, veuillez soutenir RadioTamTam.org avec aussi peu que 2 €. Vraiment, cela signifie beaucoup pour nous, pour votre radio. Grâce à vous, notre modèle économique nous permet de nous débarrasser de toute influence politique et économique, tout en vous garantissant une information rigoureuse, indépendante et objective. Nous sommes reconnaissantes pour vos dons qui servent à couvrir les frais de fonctionnement de la RadioTamTam



Se connecter Inscription