Le prochain sommet de l’Union africaine n’est pas un simple rendez-vous diplomatique inscrit à l’agenda institutionnel. Il constitue un moment de vérité. Car au-delà des déclarations officielles et des communiqués prudents, c’est la crédibilité politique de l’UA qui se joue à travers la tragédie soudanaise.
Le drame soudanais est un miroir continental : il révèle la capacité – ou l’incapacité – de l’Union africaine à faire respecter ses normes, à structurer une médiation crédible et à protéger des vies africaines.
Une Union africaine entre principe et paralysie
L’Union africaine s’est dotée de principes clairs : rejet des changements anticonstitutionnels, protection des civils, non-indifférence. Pourtant, sur le Soudan, l’organisation oscille entre suspension formelle et engagement informel avec des autorités de facto. Cette ambiguïté stratégique affaiblit la position de l’UA : on ne peut pas, à la fois, exclure un pouvoir et négocier avec lui sans clarifier le cadre politique.
Une diplomatie éclatée, un leadership dilué
Autour du Soudan, les formats se multiplient et les initiatives se superposent. Or, lorsque tout le monde négocie, personne ne dirige réellement. Cette fragmentation profite aux belligérants, qui exploitent rivalités et lenteurs pour éviter toute concession significative. L’Afrique ne peut pas défendre sa souveraineté politique si elle ne maîtrise pas, elle-même, ses processus de paix.
Le risque d’une fragmentation irréversible
Le danger est désormais structurel. Sans réinitialisation, le Soudan peut basculer vers une fragmentation durable : administrations régionales consolidées, effondrement institutionnel, déstabilisation transfrontalière. Ce scénario ne serait pas seulement un échec soudanais. Il deviendrait un précédent continental.
Trois impératifs pour un sursaut
Premièrement, l’UA doit affirmer sa primauté diplomatique et imposer un cadre continental de cohérence.
Deuxièmement, elle doit clarifier sa position normative : les principes ne peuvent pas varier selon les équilibres géopolitiques.
Troisièmement, elle doit activer pleinement son mandat de protection des civils : le principe de non-indifférence ne peut rester symbolique face aux atrocités de masse.
Le Soudan, test existentiel
Le Soudan est plus qu’une crise humanitaire : c’est un test existentiel pour l’Union africaine. Peut-elle défendre l’ordre constitutionnel qu’elle proclame ? Peut-elle protéger des vies africaines sans attendre l’impulsion extérieure ? Peut-elle imposer une cohérence politique face aux jeux d’influence régionaux ?
L’histoire retiendra ce sommet : soit comme le moment d’un sursaut continental, soit comme l’illustration d’une paralysie institutionnelle face à l’urgence. L’Afrique mérite un leadership à la hauteur de ses principes.
Félicité Amaneyâ Râ Vincent
Journaliste indépendante · Fondatrice de RADIOTAMTAM AFRICA
La Parole est une Force.



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